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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 14:56

Défaire l’emprise d’une attente, avancer vers la matière nouvelle, la musique plus réelle que la blessure, le paysage offert aux embuscades.
Ce qui me sépare du silence est le poème. Cela commence comme une peine indéfinissable. Ne pas la nommer, s’attarder aux murmures, à ce qui resplendit, l’aurore n’est jamais quelconque. Proposer une chute ouverte et de nouveaux scintillements.
Je n’écris plus à la table de cuisine, ne regarde plus à la fenêtre ce qui traîne et voltige. Je suis quelques traces, toutes me ramènent invariablement au carrefour des absences. Il n’y a que là, entouré des ombres simples et des émois que je peux avancer, étonné. Le courage se refait, immobile, discret. Le corps se détache des événements, réécrit ainsi tous les noms de la beauté. Jusqu’à l’épuisement.
Il ne faut pas croire que les poètes sont des rêveurs. Chaque jour une itinérante s’enveloppe dans les paroles que je conserve pour les jours de grand froid. Je ramasse aiguilles et autres signes de ravage, je range les étoffes dans le sac maigre de son dos, j’ai entendu dire qu’elle est enceinte.
Chaque jour je m'éloigne, je porte un chemin. Cela ne va pas tout seul,
je porte aussi un poids d'espérance et quelques fantômes.

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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 12:57

Respirer, ah, respirer le sentier. Accueillir l'errance et les ferments Abandonner le froid à son idée, passer le petit cap rocheux, plonger dans le sillage des huards. Être saisi. Tu habites de mieux en mieux l’instant, le notant dans un carnet, tu lui donnes un avenir. Tu entres dans la bonté avec des mots sans rudesse, tu apprends le nom d’une fleur, son ombre fragile résiste au vent. Ceci est une clairière, elle porte un nom inoubliable. Tu abrites des courants contraires, annules un rendez-vous, tout cela est sacré. Tu ne t’excuses plus d’être ailleurs, en soi, tu avances dans les creux, combles les silences d’autres silences. Tu reconnais le travail de la lumière aux ombres abandonnées. Les objets ne t’appartiennent pas, tu laisses les êtres t’habiter avant de les retourner à eux-mêmes.

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7 juin 2016 2 07 /06 /juin /2016 15:31

Ce matin, 05h30, j'ouvre la porte aux chats. Le lilas tardif en profite pour m'inonder de son parfum. Les fleurs, fines herbes et plants de tomates s'affirment de jour en jour. Le balcon est un petit paysage tranquille, l'amoureuse sommeille pendant que je me nourris de cette beauté simple et familière. Je porte avec moi quelques inquiétudes, je ne sais pas encore si écrire en dénouera quelques unes, on dirait que la vie ne va jamais longtemps paisible. Étreindre une question comme si on déchirait la brume, l'espoir est toujours un geste vers une clarté.

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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 12:46

Ce souvenir, 05 heures, une odeur de feu naissant dans le poêle à bois, et bientôt celui du café qui monte, le pain grillé à même la plaque, mon père en vacances se prépare à aller taquiner la truite. J'entends les rames, les sons distincts de la pêche, la chaloupe qui cogne le quai, les agrès qu'on prépare, cette heure où pointe le jour, il restera ainsi, seul dans la chaloupe, sillonnant le petit lac, ses pensées, deux lignes à la traîne, il rapportera quelques truites sans doute et une fierté pas toujours reconnue, une paix écourtée qu'il n'aura de cesse de reconquérir en y retournant au moins quatre autres fois dans la journée qui ne se terminera que par une ultime prise, alors que s'efface la dernière lueur.

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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 17:44

Être dépassé par ce qui dort au fond de soi, apprendre que le temps ne s'agite pas. Lire écrire marcher sont un même geste. Pourquoi faire disparaître le mot âme alors que j'ignore le prochain abandon

Je ne suis pas allé voir maman. Deux semaines, cette petite voix, comme un acouphène.

Nous sommes allés marcher, une petite heure dans le quartier, question de s'alléger. De retour au logement, mon amoureuse grippée coud deux livres sur le balcon arrière. Il fait beau, garder les choses simples, faire du ménage un geste après l'autre est un excellent exercice, nettoyer le petit salon encombré de livres, vinyles, cds et dvds. Puis, un peu d'élagage, le plus difficile. Choisir entre les différentes versions d'une même oeuvre, recycler les non retenues, je n'ai pas assez d'espace pour tout garder. Hélas!

Je me rends à la piscine. Fermée! Bon, je rentre à la maison, enfile shorts et "running shoes", trouve deux balles de tennis de l'an passé, ma raquette et sors m'exercer sur le mur de l'école. Incroyable ce mur, il me retourne toutes mes balles, peu importe la difficulté. J'en suis quitte pour une bonne suée. J'aime le beau temps quand il vient d'arriver.

Le matin, très tôt, 05h30, je donne à manger aux chats puis, après la douche, j'ouvre la porte donnant sur le balcon arrière de façon à ce que les chats puissent aller y sentir leur petit territoire. Ce matin, un merveilleux chant d'oiseau les accueille, suivi d'une longue note tenue, peut-être un signal d'alarme, mais il m'a ravi comme il a piqué la curiosité des chats. Puis, à 06h, j'enfourche le vélo pour me rendre au travail, heureux de cette sensation corporelle de liberté née de la conjugaison magique que procurent le printemps et le vélo.

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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 16:59

tu t'es enfoui dans le temps
le ventre gros de colères
et de tableaux non peints
tu as mangé les cris j'ai vu la douleur du sourire
le logement à bout d'abandons
un brouillard occupe la tête oubliée
sur le plancher des misères
nous n'avons plus de nouvelles
sinon de vagues on-dit des murmures
qui racontent le tonnerre et l'effroi
on peut imaginer la moindre folie
occupée à nier les larmes mêmes
du printemps enfermé dans une pièce
bleue probablement ou vert pâle
ce qui est intenable
j'écris ceci comme une manière de rapprochement
m'assure de ne laisser traîner aucun reproche
c'est une histoire de famille comme il y en a tant
l'usure n'est pas indifférence et le temps arrive
à la limite des mains comme un ailleurs inévitable
ne pas y penser n'efface en rien la totalité du silence
faut-il se réjouir de ce qui nous sépare les uns des autres
comment se poser en ce monde comme une pierre chaude
alors que noircissent les gencives du tourment
ton absence et le vide créé autour de toi auront aboli
jusqu'à la possibilité fraternelle du jour
il reste çà et là des traces des sursauts de vie
des poèmes d'hirondelles et de mégots
souvenirs vernis de paysages que j'aime
accrochées au mur ignoré des ombres
tes bras ouverts et qui ont toujours su
accueillir la peine et la dissoudre
un jour j'écrirai tout cela
autrement

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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 13:41

à la fin de la liste banale des choses à faire remonte
le souvenir de ma grand-mère et la boîte de boutons sur la table de cuisine
la permission rare de jouer avec un trésor de bouts de chandelle
le dé à coudre la pelote rouge piquée d’aiguilles
le fil et les rides le sourire calme édenté
pendant qu’elle reprise les bas troués de la famille
voilà un beau souvenir le plus sensible peut-être et je me demande
d’où vient cette pauvreté de mémoire
ce n’est pas que la chambre actuelle soit grande
chaque soir avant de dormir le bruissement des étagères
réclame la présence de ce qui fuit
je consulte le grand répertoire des horreurs
y découds quelques pages que je remplace par un ou deux poèmes inachevés
je cherche une clairière qui m’habiterait
je n’abats ni n’élève de cloisons je vais au hasard des matins
-l’itinéraire varie mais j’arrive au même point de chute
il y a cette lutte pour le podium et la vénération pour la performance
qui sévit dans l’actualité littéraire comme ultime mise en marché de l’art
parlant de performances je les trouve habituellement de peu d’intérêt
pour dire ce qui est je préfère la croissance lente des racines
leur travail inocule toute mon affection au fleuve et au paysage
alors écrire avec des lenteurs de paupières et l’audace inouïe de la retenue

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30 novembre 2015 1 30 /11 /novembre /2015 15:39
acrylique et pigment de bitume, de Gabriel Lalonde
acrylique et pigment de bitume, de Gabriel Lalonde

Elle, assise, cou cassé, table à deux, lui, devant, aphasique, qui la regarde. Ils attendent, le temps les recouvre. Le temps est un pas, chaque pas est un effort, de la pensée, du corps en son entier, le regard est porté bas, comme si la direction était le sol. La douleur comme une vieille habitude. L'espace réduit à un corridor, puis une chambre, chaque déplacement est un voyage au bout de soi. Nous lui avons apporté un cahier de dessins, des crayons feutres, elle dessine deux yeux - je faisais de si beaux yeux, aujourd'hui ma main tremble, tu te rappelles les femmes voilées que je dessinais, comme elles étaient belles- nous partageons le repas du soir, la grande salle à manger fait pétiller ses yeux, elle regarde chaque personne, se nourrit du mouvement des discussions ambiantes, le service aux tables, revenons à la chambre, inclinons le fauteuil pour l'enflure des pieds. À 19h la préposée viendra l'aider à se mettre au lit. J'ai mis crayons et tablette sur la table de chevet. Elle a toujours dessiné au lit, la nuit.

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5 juin 2015 5 05 /06 /juin /2015 13:27

ma mère rit incapable de se lever seule du siège de toilette elle pouffe pendant qu'elle m'enlace et que je tire et que ma soeur travaille à la reculotter arrête maman arrête de rire on n'y arrivera jamais nous sommes dans sa nouvelle résidence une exigence se lever seule et on n'y arrive pas ce rire que je ne lui connaissais pas qui arrive à 87 ans vaut toutes les peines

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22 mai 2015 5 22 /05 /mai /2015 22:47

Hier, en quittant le boulot à 15h, je me rends à l'hôpital visiter un collègue de travail. Ce dernier n'étant pas à sa chambre, parti subir des tests, je décide de vérifier si un de mes anciens confrères d'école, que j'avais rencontré par hasard lors d'une précédente visite est encore interné. Vérification faite, il y est encore, interné en psychiatrie. Je décide de lui rendre visite. Cet ancien confrère, par ailleurs ancien libraire, a été diagnostiqué bipolaire il y a une douzaine d'années. Comme cela arrive souvent, lorsque son état se stabilise, il joue avec sa médication, à la recherche, d'une certaine exaltation que lui refuse sa médication. Ainsi, de crises en crises, il a perdu sa famille, son emploi, a vécu l'itinérance, puis, suite à une crise du même ordre, a été pris en charge en institution, où récemment, on a revu sa médication. Chaque fois, c'est un peu plus difficile, il vieillit, sa santé ne s'améliore pas. Il y a maintenant 6 mois qu'il est hospitalisé, il semble qu'il soit rendu, dans le processus, à se trouver une chambre pas trop chère qui lui permette de refaire surface dans le monde. Ce devrait se faire bientôt. Je raconte cela parce que je réalise que passer une demi-heure avec quelqu'un que personne ne va voir est à ma portée, que cela lui a fait du bien, je sentais sa dignité en même temps que son désir de me dire merci, je veux aussi dire que cela m'a fait du bien, à moi aussi.

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